Trois ans après le choc des taux, le marché immobilier français retrouve un équilibre fragile. Avec 929 000 transactions dans l'ancien en 2025 — soit +11% sur un an — la reprise est là, mais elle reste hésitante. Les prix se stabilisent, les acheteurs reviennent, mais ils négocient ferme. Marges à 5–8%, délais qui s'allongent, sélection bancaire toujours stricte : vendre en 2026, c'est composer avec un marché intérieur qui reprend son souffle, sans encore retrouver son élan.
Pendant que le marché français se cherche, les acheteurs internationaux maintiennent leur présence. Au premier trimestre 2026, les investisseurs étrangers représentaient 22% des investissements résidentiels en France — concentrés sur Paris et les Hauts-de-Seine, certes, mais présents sur l'ensemble du territoire. Et derrière ce chiffre, une réalité que les données de cette carte confirment zone par zone : un acheteur étranger paie systématiquement plus que le marché local, de +23 000 € en Bretagne sud à +570 000 € sur la Côte d'Azur. Cette prime n'est pas anecdotique — elle reflète une demande qui ne subit pas les contraintes du crédit français, et qui valorise des biens que le marché intérieur ne valorise plus au même niveau.
La part britannique parmi les acheteurs étrangers est passée de 35% en 2015 à 17% en 2023. Mais le phénomène le plus structurant n'est pas ce recul : c'est la règle des 90 jours. Depuis 2021, les ressortissants britanniques ne peuvent plus séjourner plus de 90 jours sur 180 dans leur résidence secondaire en France. Résultat : une partie des propriétaires britanniques installés depuis les années 1990–2000 — en Dordogne, dans le Gers, la Charente, la Bretagne — mettent en vente des biens qu'ils ne peuvent plus pleinement occuper. Ces biens, souvent de caractère, ont été valorisés par une génération anglophone et trouvent rarement preneur au même prix sur un marché local. Leur débouché naturel : une clientèle américaine, canadienne, néerlandaise — qui cherche exactement ce type de bien.
Le mouvement de fond qui se prépare est d'une toute autre ampleur. D'ici 2040, la génération des baby-boomers va transmettre près de 9 000 milliards d'euros de patrimoine — dont 65% sous forme immobilière, soit environ 3 millions de biens qui vont changer de mains sur la prochaine décennie. Or les héritiers arrivent dans un contexte où le crédit reste serré et les capacités d'emprunt sous pression. Beaucoup ne pourront ni conserver les résidences secondaires héritées, ni trouver sur leur seul marché local un acheteur au bon prix — surtout dans les zones rurales et périurbaines où la demande française s'effrite. Pour cette vague de vendeurs, l'acheteur étranger n'est pas une option premium : c'est souvent le seul acquéreur capable d'y mettre le prix.